L’histoire de Yoko : chien abandonné

Yoko est l’exemple-même du sort réservé à des centaines de milliers de chiens chaque année au Québec. L’abandon. Bien que tous les chiens n’aient pas vécu une histoire aussi déplorable que lui, vivre le rejet les marque de façon définitive.

La majorité des chiens sont abandonnés alors qu’ils vivent une période tumultueuse de leur vie, qui fait ressurgir des peurs, augmente leur niveau d’énergie, démarre leurs pulsions sexuelles et accentuent leur désir de tester les limites et de prendre des risques : l’adolescence. C’est une phase difficile pour tout individu et pour son entourage: je parie que même vos parents ont déjà pensé de vous mettre à la porte!

Alors que la petite boule de poils mignonne comme tout se transforme en loup-garou, leurs propriétaires doutent de leur achat; ils n’ont probablement pas pris le bon modèle.

L’histoire d’un chien abandonné

Yoko a été abandonné dans un appartement alors qu’il avait dix mois. Selon la police, qui l’a retrouvé, il y est resté entre une semaine et dix jours. Plus d’une semaine à angoisser, à détruire tous les murs pour tenter de s’enfuir, à se nourrir de ce qui restait dans les armoires, à vivre dans ses déjections. Le rapport de police ne laisse aucun doute planer par des propos fort poétiques : « Appartement plein de marde ».

Ses anciens propriétaires n’ont même pas pris la peine d’aller le porter en sécurité pour qu’il puisse se trouver une nouvelle famille, dans un quelconque refuge. C’est à en croire qu’ils ont pris au pied de la lettre le fait qu’un animal de compagnie est considéré dans les textes législatifs québécois comme n’importe quel bien matériel, comme n’importe quel meuble.

Amaigri, couvert de pellicules et pupilles dilatées. Ce sont les mots qui sont inscrits sur le rapport de la SPCA qui décrivent son état à son arrivé.

Une âme brisée

Lorsque je l’ai adopté, ja-mais je n’aurais cru m’embarquer dans un imbroglio pareil. Une aventure qui me pousserait à déménager trois fois!

Les animaux, tout comme les humains, restent marqués par les expériences qu’ils vivent.

En effet, Yoko s’est révélé être très anxieux lorsque laissé seul et complètement accro à la nourriture. Il pouvait hurler et japper jusqu’à mon retour. S’il cessait de hurler, c’est qu’il était en train de manger une moulure, de détruire une porte afin de sortir de mon appartement.

Puisque j’utilisais à ce moment-là des méthodes traditionnelles d’entraînement, son état d’anxiété à augmenté de façon exponentielle. J’utilisais alors un collier électrique qui produisait une décharge automatique à chaque jappement. Pour lui, mon départ signifiait qu’il allait être torturé pendant des heures. Je croyais réellement faire ce qui était le mieux. Je sais aujourd’hui qu’il existe des méthodes bien plus humaines et surtout plus efficaces pour régler ce type de problèmes.

Si je tentais de le mettre en cage, il la détruisait, réussissait à en sortir ou bien bavait jusqu’à ce que sa cage et le plancher soient couvert de salive. Dans le pire des cas, j’arrivais et il était en plus couvert de diarrhée.

Puisqu’il a manqué de nourriture lorsqu’il a été abandonné, Yoko a toujours l’impression qu’il mange son dernier repas. Vous vous dites que tous les chiens sont gourmands. Yoko est certes gourmand. Mais il est aussi très astucieux : il sait comment ouvrir les réfrigérateurs ainsi que les armoires!

Combien de fois ai-je retrouvé mon frigo ouvert depuis des heures, à moitié vidé, le reste du contenu éparpillé dans la maison? Je ne les compte plus! Heureusement, lui laisser des os à ronger ainsi qu’une barrière de bébé pour bloquer l’entrée de la cuisine sont venu à bout de sa ténacité et de son anxiété de séparation.

Un autre problème rencontré : les fugues. S’il voyait une tranche de pain au sol, sur un trottoir, et que dix rues plus loin je le laissais en liberté dans un endroit non-clôturé, il faisait sens inverse, prenait ses jambes à son cou et n’avait plus qu’un raison de vivre : retrouver la tranche de pain, aussi moisie soit-elle!

Vivre avec un chien défectueux

Bien sûr que l’idée de donner Yoko m’a traversé l’esprit. Et à de nombreuses reprises! Toutefois, je ne suis jamais passée à l’acte: je n’avais pas envie de contribuer à cette pratique honteuse qui est de se défaire de nos animaux lorsque cela n’est pas à notre avantage.

En changeant mes méthodes d’entraînement, avec beaucoup de patience et avec le temps qui pense si bien les plaies, Yoko a fini par comprendre qu’il pouvait se sentir chez moi, chez lui en fait, en sécurité.

Ce qui m’horrifie dans toute cette histoire, ce n’est pas ma propre expérience. C’est plutôt que, fort probablement, ses anciens propriétaires ne pensent probablement même plus à lui. Savent-il qu’il est encore en vie? Ils ne s’en soucient probablement pas.

Les événements vécus avec Yoko ont fait prendre au mot « engagement » tout son sens. Adopter un chien, ou tout autre animal de compagnie, c’est une responsabilité. Pour le meilleur et pour le pire. Et parfois, pour le pire, pour des moulures bouffées, des murs troués, des portes cassées, un frigo vidé, des plaintes de voisins exténués et un lac de diarrhée à ramasser.

Les chiens qui apparaissent dans nos vies ont toujours quelque chose à nous apporter. Les chiens de refuge, qui portent parfois un passé lourd, davantage. Yoko est l’exemple même de résilience et de confiance en l’humain.

Malgré tout ce qu’il a vécu, il a-do-re tout autant chaque être humain qui marche sur cette terre. Malgré tout ce qu’il a vécu, il c’est un chien qui arrive à profiter de chaque petit moment de la vie sans penser à hier, ni à demain. Serait-il possible que les chiens aient plus de sagesse que les hommes? Ou plus de naïveté? Peu importe… Il me rappelle chaque jour à quel point il est important de me concentrer, malgré tout, sur le moment présent!

Article rédigé par Simonne Raffa, éducateur canin & propriétaire de De Main De Maître – Éducation et comportement canin.

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